De l'huile de colza à la place du pétrole brut : Verbio lance la production industrielle de produits chimiques renouvelables

Près de 100 millions d'euros investis

07.10.2026
Verbio

Usine d'éthanolyse du parc chimique de Bitterfeld-Wolfen

Verbio se lance dans la production à grande échelle de produits chimiques d’origine biologique grâce à un investissement de près de 100 millions d’euros. La société met officiellement en service, sur son site de Bitterfeld, la première usine au monde d’éthénolyse à grande échelle utilisant de l’ester méthylique de colza. Cette nouvelle usine est capable de produire jusqu’à 60 000 tonnes de produits chimiques d’origine biologique par an – des composés carbonés renouvelables de haute qualité pouvant remplacer les matières premières d’origine fossile dans les lubrifiants, les détergents et les produits d’entretien, ainsi que dans les plastiques. 

Grâce à cet investissement, Verbio étend son modèle économique au-delà du marché des biocarburants. À l’avenir, l’ester méthylique de colza produit sur le site de Bitterfeld sera utilisé non seulement comme source d’énergie sous forme de biodiesel, mais aussi comme matière première pour la production de produits chimiques à plus forte valeur ajoutée. Cela permet à Verbio de conquérir un marché supplémentaire pour une matière première que l’entreprise produit déjà en grandes quantités. 

« Avec cette nouvelle usine de production, nous complétons notre bioraffinerie par un maillon supplémentaire de la chaîne de valeur, en nous appuyant sur une base de matières premières bien établie », déclare Claus Sauter, PDG de Verbio. « En transformant de l’huile de colza européenne, nous renforçons l’agriculture régionale et réduisons notre dépendance vis-à-vis des chaînes d’approvisionnement mondiales, sujettes aux perturbations. Outre les considérations de durabilité, cela revêt une importance capitale pour l’Allemagne en tant que pôle d’activité. »

Cet investissement intervient à un moment où l’industrie chimique européenne connaît des changements profonds. La concurrence internationale croissante, les coûts de production élevés et la nécessité de passer à une nouvelle base de matières premières accentuent la pression exercée sur le secteur pour qu’il se transforme. 

Dorothee Bär, ministre fédérale allemande de la Recherche, de la Technologie et de l’Espace, considère cette nouvelle usine comme un signe important de la viabilité future des industries chimiques allemande et européenne : « Savoir ce que personne d’autre ne sait encore. Et ensuite, faire ce que personne d’autre ne fait. Verbio montre comment y parvenir ; vous en faites la démonstration avec votre nouvelle usine de production de produits chimiques de spécialité d’origine biologique. Vos lubrifiants, plastiques et détergents ne sont pas fabriqués à partir de pétrole brut, mais à partir de biomasse telle que le colza. Waouh, quelle sensation ! […] Avec la mise en service de cette nouvelle usine de production, vous envoyez un message très fort à un moment où le prix du pétrole brut est sur toutes les lèvres et où nous prenons conscience de notre réelle dépendance. Vous avez une solution à cela. Ce faisant, vous inaugurez également une nouvelle ère sur le site de Bitterfeld, fort d’un long héritage industriel. » 

De l’huile de colza à la place du pétrole brut pour l’industrie chimique

Le carbone reste une matière première indispensable pour l’industrie chimique. Le secteur a besoin de sources de carbone alternatives d’origine biologique, disponibles à l’échelle industrielle, évolutives et économiquement viables, afin de réduire sa dépendance vis-à-vis des matières premières fossiles. Avec ses nouveaux produits chimiques de spécialité d’origine biologique, le 1-décène et le 9-DAME, Verbio apporte la solution adéquate à ce défi. 

« À long terme, l’Europe ne pourra pas rivaliser avec d’autres régions du monde en s’appuyant sur des matières premières fossiles bon marché. Notre opportunité réside dans la création d’une nouvelle valeur ajoutée ici, à partir de carbone renouvelable. Il est crucial que de telles solutions ne restent pas à l’échelle pilote, mais soient transposées à l’échelle de la production industrielle. L’usine de Bitterfeld démontre le potentiel des matières premières d’origine biologique pour une production chimique compétitive et plus résiliente en Europe », a déclaré Michael Carus, conseiller principal et actionnaire du nova-Institute, lors de la conférence de presse.

Lors de la cérémonie de mise en service, Harald Dialer, directeur technique et vice-président exécutif d’UPM Next Generation Renewables chez UPM, et le Dr Edgar Endlein, responsable de la recherche et du développement chez Werner & Mertz, entreprise connue pour sa marque grand public Frosch dans le secteur des détergents et des produits d’entretien, se sont joints à Claus Sauter et Michael Carus pour discuter du rôle que les sources de carbone renouvelables joueront à l’avenir dans l’industrie chimique européenne. 

La montée en puissance commerciale s’effectue en fonction des applications des clients

Après la mise en service, la montée en puissance commerciale va désormais s’effectuer par étapes. Les composants chimiques produits à Bitterfeld doivent être validés par les clients pour leurs applications respectives. Les volumes de production devraient donc augmenter progressivement, au fur et à mesure du développement des applications des clients.

« Nous avons réalisé un investissement initial d’un peu moins de 100 millions d’euros pour fournir les molécules renouvelables nécessaires à cette transition. Il appartient désormais à l’industrie chimique de tirer parti de cette nouvelle opportunité. Mais les consommateurs peuvent eux aussi contribuer, par leurs choix d’achat, à aider les produits biosourcés fabriqués localement à s’imposer sur le marché », explique Claus Sauter.

Environ 200 invités issus des milieux politiques et économiques sont attendus à la cérémonie officielle de mise en service, dont 60 clients et partenaires de l’industrie chimique internationale. Les produits chimiques de spécialité biosourcés suscitent un vif intérêt ; Verbio a déjà reçu des demandes de renseignements provenant de toute l’Europe, ainsi que d’Amérique du Nord, d’Amérique du Sud et d’Asie. Alors que la demande ne cesse de croître, la technologie, la base de matières premières et la capacité de production offrent toutes un potentiel d’expansion supplémentaire. 

Une recherche récompensée par le prix Nobel mise au service de l’industrie 

Le nouveau procédé de production repose sur l’éthénolyse, une forme spécifique de métathèse des oléfines. Des catalyseurs spéciaux développés par XiMo, la filiale hongroise de Verbio, jouent un rôle clé dans ce procédé. Ils permettent une conversion ciblée des composés carbonés présents dans l’ester méthylique de colza en nouvelles molécules destinées à des applications chimiques.

En 2005, Yves Chauvin, Robert H. Grubbs et Richard R. Schrock ont reçu le prix Nobel de chimie pour leurs travaux pionniers sur la métathèse des oléfines. Pour Richard R. Schrock, cette mise en service revêtait également une importance personnelle : « C’est vraiment spécial de voir aujourd’hui comment nos recherches sont mises en pratique à l’échelle industrielle. Le fait que la métathèse des oléfines soit désormais utilisée à cette échelle est pour moi un moment émouvant. »

Avec cette nouvelle usine de production, Verbio contribue à la réalisation d’objectifs clés définis dans l’Agenda high-tech allemand et l’Agenda chimique 2045. « Nous transformons les innovations en applications, nous renforçons la place de la biomasse en tant que matière première pour une industrie chimique tournée vers l’avenir, et nous créons de la valeur ajoutée sur un site industriel allemand existant », explique Claus Sauter. 

Engagement en faveur de Bitterfeld-Wolfen en tant que pôle industriel

La nouvelle usine de production ajoute une étape supplémentaire à la chaîne de valeur sur le site de production de Verbio au parc chimique de Bitterfeld-Wolfen, établi depuis 25 ans. Environ 50 nouveaux emplois seront créés. Cela signifie que Verbio emploiera à l’avenir environ 130 personnes sur ce site.

Le projet a bénéficié d’un financement au titre du programme « Amélioration de la structure économique régionale » (GRW) du dispositif conjoint du gouvernement fédéral allemand et des Länder en faveur des technologies particulièrement respectueuses de l’environnement et innovantes.

Les industries chimiques et pharmaceutiques, ainsi que le secteur du raffinage, représentent environ deux cinquièmes du chiffre d’affaires industriel total généré en Saxe-Anhalt et jouent ainsi un rôle clé dans la création de valeur industrielle du Land. Le Pacte pour la chimie et le raffinage en Allemagne de l’Est, signé en avril 2026 avec la participation de la Saxe-Anhalt, vise notamment à préserver la création de valeur industrielle et l’emploi, ainsi qu’à faciliter des voies de transformation compétitives. La nouvelle usine de Verbio contribue à ces objectifs.

Verbio SE, société cotée en bourse dont le siège social est situé en Saxe-Anhalt, est l’une des plus grandes entreprises du Land en termes de chiffre d’affaires ; elle y est solidement implantée avec deux sites de production et plusieurs centaines d’emplois. 

« Nos sites de Zörbig et de Bitterfeld s’inscrivent dans une perspective à long terme. Nous souhaitons y promouvoir davantage la bioéconomie et la création de valeur régionale. La proximité des exploitations agricoles locales, qui nous fournissent des matières premières, ainsi que l’infrastructure industrielle existante constituent pour nous des atouts majeurs », souligne M. Sauter.

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