Du lait de cafard, des trompes de moustique utilisées comme buses d'impression 3D et des caleçons enfouis servant d'indicateurs biologiques

Bizarre, mais génial : les prix Ig Nobel 2026 ont été remis à Zurich

07.09.2026
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Image symbolique

Les prix Ig-Nobel, décernés chaque année à des travaux de recherche qui « font d'abord rire, puis réfléchir », ont eu lieu cette année – selon le décompte des organisateurs, d'une manière résolument illogique – pour la « 36e première » fois. Organisée par le magazine satirique Annals of Improbable Research en collaboration avec des institutions du domaine des EPF et de l’Université de Zurich, la cérémonie s’est déroulée au Kongresshaus de Zurich. Le thème de la soirée : « Fun Guy » – un jeu de mots auquel ont rendu hommage des chansons sur les réseaux mycéliens communicants et une chorale dédiée aux champignons, spécialement composée pour l’occasion. Dix prix ont été décernés, remis comme le veut la tradition par de véritables lauréats du prix Nobel, accompagnés de lancers d’avions en papier, d’un discours sur la sécurité concernant la législation suisse en matière de protection contre les incendies et de trois bananes géantes servant de limite acoustique au temps de parole. Voici les moments forts en lien avec la chimie, la biotechnologie, l’industrie pharmaceutique et l’alimentation.

Biotechnologie : le lait de cafard l'emporte sur le lait de vache

Le prix des sciences de la santé et de la planète a été décerné à une équipe dirigée par James Gray, Steven Tobe, Barbara Stay, Leonard Chavis et Subramanian Ramaswamy pour avoir découvert que les protéines du lait des blattes vivipares sont environ trois fois plus riches en énergie que celles du lait de vache. L'espèce de blatte en question est la seule, parmi environ 5 000 espèces de blattes, à donner naissance à une progéniture vivante et à la nourrir d'une substance cristalline riche en protéines. L'ensemble a été analysé à l'aide de la spectrométrie de masse et de la diffraction des rayons X – des méthodes que l'on s'attendrait plutôt à trouver dans l'analyse alimentaire classique que dans l'entomologie. Le discours de remerciement de l’équipe s’est donc déroulé de manière originale : il a été en grande partie chanté, avec un hymne spécialement composé pour célébrer le profil en acides aminés parfait de cette boisson insolite.

Quand la chimie rencontre l’entomologie : la trompe du moustique comme buse d’impression 3D

Le prix de la technologie a été remporté par une équipe internationale composée de chercheurs chinois, canadiens, américains et égyptiens, grâce à une idée à mi-chemin entre la science des matériaux et la biologie des insectes : elle a utilisé les pièces buccales des moustiques comme buses haute résolution pour l’impression 3D, un procédé qu’elle a baptisé « Necroprinting ». La raison est à la fois simple et pratique : pour des aiguilles d’impression d’environ 20 micromètres (soit environ les deux tiers du diamètre d’un cheveu), les buses disponibles dans le commerce ne sont guère assez fines, tandis que la trompe d’un moustique correspond exactement à cette taille. L’ironie : une partie de l’équipe menait en parallèle des recherches sur une crème anti-moustiques destinée à empêcher les insectes de s’approcher de leur hôte.

Digression pharmaceutique : la thalidomide et les pièges de la chiralité

Au-delà des prix proprement dits, l’une des brèves présentations « 24/7 » – d’abord un exposé technique de 24 secondes, puis un résumé en exactement sept mots – a rappelé un chapitre de l’histoire pharmaceutique qui fait encore aujourd’hui l’objet des manuels : la thalidomide, mieux connue sous le nom de Contergan. La conférencière Tess Hiddema a expliqué comment une seule et même molécule se présente sous deux formes symétriques mais non superposables, dont l’une soulage effectivement les nausées, tandis que l’autre se forme dans l’organisme et peut provoquer de graves malformations au niveau des membres, des yeux, des oreilles, du cœur et des organes internes. Un exemple parlant qui montre pourquoi la stéréochimie, dans le développement des principes actifs, est bien plus qu’un simple exercice académique.

Chimie des sols : des caleçons enterrés comme bio-indicateurs

Le prix de la pédologie a été décerné à une équipe composée de chercheurs suisses, néerlandais et allemands pour un projet de science citoyenne qui n’aurait guère pu paraître plus peu ragoûtant : Dans plus de 25 pays, environ 1 000 caleçons en coton identiques ainsi que des milliers de sachets de thé ont été enterrés, puis déterrés au bout de deux mois. L’astuce : plus le tissu a été décomposé par les micro-organismes, les champignons et les organismes du sol, plus le sol en question est considéré comme actif et sain – une méthode simple mais efficace pour mettre en évidence l’activité biologique dans le sol, sans aucun équipement de laboratoire. Le discours de remerciement a également pris la forme d’une chanson, avec des rimes sur le mycélium, les vers de terre et les « sous-vêtements en coton enterrés ».

Et par ailleurs

Au-delà de la chimie et des biotechnologies, la soirée avait bien d’autres choses à offrir : une équipe anglo-américaine a fourni la première définition précise des baisers chez les fourmis, les oiseaux, les ours polaires et les humains, et a fait remonter l’origine évolutive de ce comportement chez les primates à environ 21,5 millions d’années. Le prix d’économie a été décerné à une étude montrant que les personnes plus aisées ont davantage tendance à consommer des sucreries initialement destinées aux enfants. Des physiciens du Canada, des États-Unis, de Chine et d’Arabie saoudite ont travaillé sur la conception d’un urinoir anti-éclaboussures basé sur des spirales logarithmiques, tandis qu’une équipe japonaise – récompensée à titre posthume – a étudié l’aérodynamique du mouchage. Et un groupe polono-germano-suédois a démontré que les bébés ont une odeur agréable pour leurs parents, tandis que celle des adolescents en pleine puberté rivalise plutôt avec celle des voisins.

Cette année encore, le principe reste le même : si l’on fait abstraction de la présentation farfelue, on trouve dans les travaux primés une science solide – de l’analyse des protéines à la stéréochimie, en passant par la microbiologie des sols. L’année prochaine, la cérémonie se tiendra à Anvers, en Flandre : la science qui fait d’abord rire puis réfléchir sera donc également au rendez-vous en 2027.

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